Je tiens tout d’abord à vous exprimer la joie que j’éprouve à être avec vous pour cette cérémonie que j’ai souhaité organiser afin de remettre la médaille d’honneur pour acte de courage et de dévouement à quatre policiers nationaux et municipaux qui ont su, la première nuit de cette année 2010, se distinguer par leur courage.

Cette médaille est une très ancienne décoration et son histoire lui confère un éclat particulier. Elle a été pour la première fois décernée en 1693 par Louis XIV qui avait voulu récompenser un homme qui avait sauvé plusieurs vies.

Mais deux siècles plus tard, c’est Louis XVIII qui en organise l’attribution et autorise le ministre de la marine à la remettre aux marins qui se signaleraient par leur dévouement pour sauver les personnes ou les biens exposés à périr dans les flots. Cette récompense honorifique pour faits de sauvetage consistait dans le don de médaille d’or ou d’argent qui offraient, avec l’effigie du Souverain, une légende commémorative. Depuis, cette médaille a traversé les époques et conservé avec la République tout son sens et son éclat avec une constante : le critère retenu pour son attribution a demeuré. Elle vient toujours récompenser un acte de courage et de dévouement au regard des risques pris par le sauveteur pour venir en aide à une personne en détresse.

Les personnes mises à l’honneur ce soir ont, à cet égard, mérité d’être distinguées.

En effet, dans la nuit du 1er au 2 janvier 2010, Fabrice EYCHENNE et Patrick CROQUETTE, en service avec leurs collègues de la Brigade Anticriminalité se rendent au Pont-Neuf d’où une jeune femme vient de sauter dans la Garonne. Alors qu’elle tente de s’agripper à un parapet et qu’à plusieurs reprises elle disparaît sous l’eau glaciale, les fonctionnaires de police demandent en urgence la présence des sapeurs-pompiers qui, une fois sur place, vont lancer une bouée à la victime et attendre l’arrivée de leurs plongeurs.

Craignant pour la vie de la jeune femme dont les tentatives pour se maintenir hors de l’eau restent vaines, Fabrice EYCHENNE et Patrick CROQUETTE décident de lui porter secours à la nage. A mi-parcours, Fabrice EYCHENNE est pris d’un malaise à cause de la température des eaux. Toutefois, Patrick CROQUETTE parvient à rejoindre la victime mais va très rapidement, lui-même, rencontrer des difficultés.
Constatant le danger dans lequel se trouvent ces personnes, Denis LAPLACE et Philippe MARTY, policiers municipaux en patrouille, animés par un esprit de solidarité, pénètrent dans les eaux glaciales de la Garonne et, à la nage, aident ces trois personnes, en état d’hypothermie, à regagner le pilier du pont leur permettant ainsi d’attendre l’arrivée des sapeurs-pompiers en toute sécurité.

Ces derniers les ramèneront sur la berge avec une embarcation, avant de les conduire au CHU où leur sera prescrit un arrêt de travail de 48 heures.

Si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est parce que cet épisode a connu, pour tous, une fin heureuse, l’intervention de ces quatre hommes dans des conditions extraordinairement éprouvantes et dramatiques, a été décisive pour sauver la vie de cette jeune femme.

Confrontés à une situation de détresse, ils ont su choisir l’action répondant à l’impérieuse nécessité de porter secours. Je tiens à saluer leur courage, leur abnégation et leur solidarité puisqu’ils ont tous quatre risqué leur vie pour en sauver une autre.

Même si leur choix professionnel dénote déjà incontestablement un intérêt et un sens du service apporté à nos concitoyens, cette cérémonie est l’occasion pour moi de marquer la reconnaissance de l’Etat envers ces hommes qui confrontés à une situation exceptionnelle ont répondu par un geste également exceptionnel.

Ces quatre fonctionnaires ont fait preuve de courage, certes, mais d’un courage désintéressé. Comme a pu l’écrire Victor Hugo dans Les Misérables, « le vrai nom du dévouement, c’est le désintéressement ». En plongeant dans la Garonne en dépit des risques, ils ont su incarner ses valeurs de fraternité et d’engagement qui nous rassemblent et nous rendent fiers de leurs gestes.

Les valeurs n’existent que lorsque nous les faisons vivre à travers nos actes. Elles sont bien plus que de simples devises inscrites sur les façades de nos bâtiments publics. Aussi, je tiens à remercier ces quatre hommes pour avoir fait vivre ces valeurs par leur action.